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Témoignages

Les bénévoles accompagnants témoignent de leur vécu sur le chemin des démarches accomplies avec les bénéficiaires.

POUSSER UNE PORTE
Un bel après-midi de mai, j’ai décidé de « pousser la porte » d’Accompagner. Comme beaucoup de ceux qui ont pris la direction du 40, rue Vande Sande ; quelqu’un m’avait donné l’adresse et le petit feuillet « Tu vis une situation difficile ? » : une première petite conversation et une première main qui se tendait en réponse à une première démarche. Première, première, première : le fameux et parfois si difficile premier pas !
 
Quand la porte s’est ouverte, il y a eu un instant d’hésitation : comment allais-je dire ce qui m’amenait et quelle serait la réaction de la personne qui m’accueillait ? Je resonge souvent à cette petite tranche de ma vie et imagine que, si elle pouvait parler, la porte d’Accompagner le confirmerait : ce scénario se reproduit sans cesse sur son seuil.
 
Seulement, l’appréhension qui me faisait hésiter n’avait aucune commune mesure avec la détresse, la tristesse ou le découragement que peuvent ressentir d’autres visiteurs car moi, je ne venais rien demander. Ce jour-là, je pensais simplement venir offrir un peu de mon temps puisque j’en avais. Je ne savais pas tout ce qui allait m’arriver.
 
Depuis, j’ai reçu les yeux de L., de S., de Mme M., de R. et M., de H., et de J., pour entrevoir des chemins de vies exclues, démunies, ballottées par les soubresauts du monde, niées par l’indifférence des autres, asphyxiées par un injuste partage des cartes, ou piétinées par des logiques marchandes. Depuis, j’ai ressenti pas mal de tristesse, de révolte, d’impuissance et ai posé pas mal de questions décourageantes et dérangeantes.
 
Depuis, j’ai eu à faire face à pas mal de peurs.
 
Mais depuis, …
 
Depuis, j’ai reçu le bras de L. glissé sous le mien pour prendre le métro ; le précieux sourire que S. osait enfin après tant de mois à s’emmurer dans le noir ; le souci de Mme M. m’accompagnant ( !) jusqu’à l’arrêt du bus qui me ramènerait chez moi ; l’enthousiasme de R. et M. devant la possibilité d’agir à nouveau par elles-mêmes, le plaisir de H. à me guider dans des rues de Bruxelles que je n’imaginais pas ; le cadeau d’un fou rire avec J. dont je ne parle pourtant pas la langue…
 
Que de pierres précieuses, en échange de quelques heures de mon temps ! J’espère que leur éclat a pu retourner un peu vers ceux qui me les ont offertes.
M. H.


 PEUR DU REFUS
Cela s'est passé il y a quelques jours dans un bureau de CPAS de, une commune de Bruxelles. Bénévole sur le terrain, j'accompagnais une dame tchétchène, mère de trois enfants, enceinte d'un quatrième. Elle désirait obtenir une attestation car, dépendant financièrement du CPAS, il lui fallait obtenir de la part de celui-ci l'autorisation d'introduire son dossier au Fonds du Logement sans risque de perdre les indemnités qui lui étaient allouées. Sans être vraiment rébarbative mais, habituée sans doute à traiter quotidiennement de nombreux dossiers similaires, l'assistante sociale lui déclara froidement qu'elle allait transmettre sa demande au comité. Celui-ci, après avoir statué, lui enverrait par écrit sa réponse " …étant bien entendu qu'elle pourrait venir chercher celle-ci dans ce bureau, si elle le souhaitait, pour accélérer la procédure, par exemple… " Sortis du bureau, la dame me dit qu'elle était timorée face à l'assistante sociale et que le stress et la crainte l'empêchaient de s'exprimer et de comprendre correctement ce qui était dit. Je lui expliquai donc la teneur de l'entretien et ajoutai même qu'à mon avis la réponse devrait être positive, même si l'assistante sociale ne s'était pas montrée très chaleureuse. C'est alors que la dame me déclara, les larmes aux yeux, qu'elle ne viendrait pas chercher la réponse parce que " … j'ai trop peur d'entendre encore un refus… " Toute la détresse de cette réfugiée se trouvait résumée en ces quelques mots : la peur… le refus.

F.M.

 UNE VISITE D'APPARTEMENT (?)
Je visitais dernièrement un appartement avec un réfugié arménien. La pièce, d'une quinzaine de mètres carrés, se prolongeait par une autre réunissant à la fois le coin cuisine, la salle de bain et le w.c. Elles étaient situées dans les combles d'une ancienne maison et l'on y accédait par un escalier en colimaçon. Tout était dans un état de décrépitude assez affligeant : tapisserie usée et salie, auréoles d'humidité au plafond et sur le plancher mais " …il ne pleut pas à l'intérieur… ", chauffe-eau situé dans la cage d'escalier avec seau en dessous pour récupérer le ruissellement d'eau provenant d'un joint usé voire pourri mais " …ce sera réparé d'ici peu… " Quant au wc et lavabo, n'en parlons pas… Heureusement par le lanterneau, unique source de lumière, on pouvait voir la flèche dorée de l'hôtel de ville ; " …vue unique… on vient du monde entier pour admirer cela… " Studio à la limite de l'insalubrité et à y devenir fou pour le prix très intéressant de 350
EUR par mois…(sic). Notre réfugié hésita : le prix était dans les possibilités de ses maigres ressources et il devait absolument quitter son logement actuel pour la fin du mois.
 
Souffrant d'une maladie de coeur, il se résigna, à mon grand soulagement, à ne pas prendre ce logement. Sur le chemin du retour, dans un français inintelligible mais avec force gestes, je compris qu'il me suppliait de ne pas l'abandonner dans ses difficiles recherches et son regard ne s'apaisa que lorsque je lui promis que "Accompagner " continuerait d'être à ses côtés. A ce jour une solution heureuse a été trouvée à son problème de logement. Chaque accompagnement apporte son lot de rencontres, d'échanges, de surprises, de découragement ou de réconfort, de partages malgré un langage bien limité et pauvre parfois. Il n'y pas de mission réussie ou ratée : il y a d'abord et avant tout la mission, l'accompagnement d'un être en difficulté qui, par la seule présence d'un bénévole accompagnateur, se sent rassuré, épaulé, encouragé. Petite goutte d'eau dans un océan de difficultés, mais chacun le sait, l'eau de source fait oublier la marche harassante. Mieux : elle rend parfois la marche singulièrement attrayante… parce qu'elle rend compte de l'Espérance…
M.F.

  UNE MISSION « SURPRISE » (*)

Je reçois un message urgent de l’Association ACCOMPAGNER au moment de terminer une mission précédente. La demande de la Coordinatrice sociale est pressante. Nous sommes au milieu de l’après-midi et aucun bénévole n’est disponible. Il y a urgence car Monsieur M. se trouve dans les bureaux de l’Association et doit être absolument accompagné dans une Maison d’accueil. Il n’a plus de logement et se trouve provisoirement au CASU. Sa santé est précaire. Monsieur M. a besoin d’être entouré et aidé pour subvenir à ses besoins. La Coordinatrice sociale a fait appel à une Maison d’accueil qui est disposée à le recevoir et à lui offrir le gîte pour un temps indéterminé. C’est une chance à saisir sur le champ. Il faut le conduire dans cette Maison d’accueil située au cœur de Bruxelles. Monsieur M. ne se sent pas capable d’y aller seul ni de trouver l’adresse. Je décide immédiatement de le rejoindre pour l’aider dans cette démarche. Dans le métro, Monsieur M. confie la multitude de problèmes qui l’assaillent et qu’il ne peut maîtriser seul. Nous arrivons à la Maison d’accueil où un éducateur particulièrement attentif et bienveillant le reçoit. Il le rassure sur le fait qu’il peut séjourner dans la maison, tant que cela sera nécessaire, avec les services de repas et d’entretien de son linge dont il a besoin. Il en pleure de joie et me serre longuement dans ses bras au moment où je le quitte. Je repars le cœur soulagé de le voir ainsi reprendre espoir et d’avoir pu partager un peu de ses terribles soucis.
G.W.
 
* Le terme de « mission surprise » signifie dans notre jargon, mission qui doit être assurée dans les délais les plus courts, et si possible tout de suite !

UNE HISTOIRE D’ESCALATOR

Je devais accompagner Mme G. chez son avocat. Comme cette dame ne savait pas s’orienter, je suis allée la retrouver au Centre Ariane. Ce qui s’annonçait comme une mission “ordinaire”, s’est avéré être un vrai parcours du combattant pour G. En effet, une fois arrivée à la gare du Midi, véritable fourmilière humaine à l’activité incessante, G. s’est soudainement immobilisée et un sentiment de peur se dessinait sur son visage. Elle me confia n’avoir jamais vu autant de monde et cela l’inquiétait. Ne sachant comment gérer cet épisode d’agoraphobie, je propose à Mme de quitter la gare du Midi pour atténuer son inquiétude.
 
Lui ouvrant le chemin, je prends l'escalator et lui demande de me suivre en vue de sortir de la gare. En me retournant pour lui dire que son calvaire est bientôt fini, je vois G. fondre en larmes et refuser de mettre le pied sur cet escalier mouvant. Ce que je prenais pour acquis, pour geste banal du quotidien, relevait de l’inconnu pour G. qui n’avait jamais pris d’escalator.Après avoir retrouvé son calme elle me demande timidement de l’aider à prendre l’escalator. Un véritable acte de courage, G. voulait dépasser ses peurs. Après trois tentatives avortées, quelques pleurs, des gens qui s’arrêtent pour sourire ou pour encourager, G. se décide enfin à prendre l’escalator. Le premier essai est peu concluant, mais G. veut faire deux aller-retours. Suite à cette “initiation à l’escalator” je rappelle à G. son rendez-vous chez l’avocat et nous prenons place dans le tram.
 
Une fois le rendez-vous fini, nous empruntons le chemin du retour et arrivons à une station de métro. Cherchant à lire de l’appréhension dans les yeux de G., je la vois, au contraire, me sourire et prendre les devants. Sans aucune peur dans les yeux, sans me demander de la tenir, G. a pris l’escalator. La mission d’accompagnement était ainsi réussie à tous les niveaux.
 

M.C

 

 

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